Face aux drames, à chacun·e sa temporalité, l’essentiel est d’être doux·ce avec soi-même, et compréhensif·ve avec celles et ceux qui réagissent autrement.
- Cynthia Tedesco
- 6 janv.
- 3 min de lecture
Aujourd’hui, j’avais envie de t’écrire pour t’inviter à la douceur.
La douceur envers toi-même, d’abord. Et, si tu le peux, une douceur élargie au reste du monde.
Parce que nous n’avons pas tous la même temporalité face aux drames. Pas la même manière de traverser le deuil, l’incompréhensible, le choc.
Notre psychisme fait au mieux avec ce qu’il reçoit, au moment où il le reçoit.
Et toutes ces manières de réagir sont légitimes.
Certain·e·s ressentent de la colère, d’autres une profonde tristesse.
Certain·e·s sont dans la sidération, le déni, ou une forme d’anesthésie émotionnelle.
Il y a celles et ceux qui continuent comme si de rien n’était, parfois par nécessité, parfois par protection.
D’autres, au contraire, ont besoin de ralentir, de s’arrêter, de prendre du temps.
Nos réactions ne sont pas des choix conscients, mais des réponses automatiques de protection.
Et tout cela est juste. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de réagir, seulement des tentatives de s’adapter.
Et pourtant, le jugement est parfois présent.
Il peut être une manière, souvent inconsciente, de tenir l’événement à distance. Une façon d’éviter de se confronter à une réalité difficile à intégrer : notre existence comporte une part de fragilité, d’imprévisibilité, et nous faisons tous, chaque jour, des choix plus ou moins risqués. Reconnaître cela peut être vertigineux.
Alors, même lorsque certaines réactions me touchent ou me heurtent, j’essaie, moi aussi, d’y poser de la douceur.
De me rappeler que, derrière le jugement, il y a souvent une tentative de se protéger d’une angoisse trop grande, d’une pensée difficile à accueillir : la vie n’est jamais totalement maîtrisable.
Je sais que ces mots peuvent sembler lourds dans un climat déjà pesant. Mais j’aimerais y apporter une nuance essentielle : si la vie comporte de l’incertitude, elle est aussi faite de possibilités.
À chaque instant, il existe aussi la possibilité de vivre, de ressentir, de créer, de se relier.
Et surtout, j’aimerais te dire ceci :
C’est ok d’avoir besoin de temps pour digérer tout cela. Mais c’est aussi ok d’avoir besoin de t’en préserver, de t’éloigner, de respirer ailleurs.
L’énergie collective est lourde en ce moment, et c’est compréhensible. Quand l’émotion circule en continu, notre système interne peut rapidement se sentir saturé.
Pour ma part, j’ai ressenti le besoin de m’éloigner quelques jours ( des réseaux, du Valais aussi ) pour aller m’ancrer ailleurs, dans un environnement où rien ne faisait directement écho. Et pourtant, mon cœur revenait sans cesse ici.
J’ai eu cette possibilité parce que j’étais en congé et que je n’étais pas directement touchée. Ce n’est pas le cas de tout le monde.
Peut-être que toi aussi, tu ressens ce besoin de couper, de te protéger, sans toujours savoir comment t’y prendre. Si c’est le cas, je t’invite à écouter cet élan. Il n’est pas nécessaire de partir loin : parfois, se plonger dans un livre, créer, jouer, marcher, suffit à détourner doucement l’attention des images et des émotions envahissantes, ou à laisser entrer un peu de lumière là où c’est possible.
À l’inverse, peut-être fais-tu partie de celles et ceux qui ont besoin de traverser pleinement ces émotions plus sombres. De s’y arrêter un moment, pour y puiser ensuite la force de revenir à la vie. Cela peut être nécessaire.
Si tu te reconnais là-dedans, je t’invite simplement à le faire avec conscience : garder un cap, un repère, un phare.
Ce phare peut prendre différentes formes. Il s’agit avant tout de repères qui aident à rester relié·e à soi et au vivant.
De petits rituels du quotidien qui sécurisent, la présence de proches, ou, lorsque c’est nécessaire, l’accompagnement par des professionnel·le·s de la santé mentale.
L’idée n’est pas d’éviter ce qui se traverse, mais de ne pas s’y perdre.
Car, au fond, peu importe ton rythme.
Peu importe la manière dont tu traverses.
Peu importe ce qui t’aide aujourd’hui à tenir, à respirer, à continuer.
Ce qui compte, c’est la qualité de la relation que tu entretiens avec toi-même dans ce moment-là.
La douceur que tu t’accordes, la permission que tu te donnes d’être là où tu es, sans te presser, sans te juger.
Et lorsque viendra le moment, à ton rythme, de rallumer ta lumière, fais-le à ta façon.
Pas parce qu’il faudrait aller mieux, ni parce qu’il faudrait avancer, mais parce que quelque chose en toi sera prêt.
Une lumière respectueuse de ton histoire, de ton corps, de ton temps.
Et c’est ainsi qu’elle sera la plus juste pour toi, et la plus précieuse pour le monde <3



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