Comprendre sans accuser
- Cynthia Tedesco
- 8 janv.
- 3 min de lecture
Ce qui s’est passé soulève aujourd’hui beaucoup de questions. Et aussi un profond besoin de rationnaliser.
Quand un drame survient, surtout lorsqu’il touche des personnes jeunes, dans un contexte de fête, de vie, de légèreté apparente, notre esprit cherche naturellement à comprendre.
À refaire le film et se demander ce qui aurait pu être fait autrement.
À chercher des points d’appui rationnels dans quelque chose qui, fondamentalement, nous échappe.
Avec le recul, avec la connaissance de l’issue, avec une conscience pleine et calme, il est souvent facile de savoir ce qu’il aurait fallu faire. Mais ce regard-là est un regard a posteriori. Il n’est pas celui de l’instant, de l;urgence.
Dans ces moments, la perception du temps peut être profondément altérée.
Ce qui, vu de loin, paraît laisser de la place pour réfléchir ou agir, peut être vécu de l’intérieur comme quelque chose de fulgurant, presque irréel.
Et dans l’instant, il y a parfois une conscience altérée par l’alcool, parfois l’euphorie, parfois la fatigue. Il y a surtout le choc, la sidération, l’incrédulité. Ce moment où le cerveau peine à intégrer que quelque chose de grave est en train de se produire.
Où l’on continue à agir « comme si de rien n’était », non pas par inconscience ou irresponsabilité, mais parce que la réalité est encore trop brutale pour être pleinement accueillie.
La sidération est une réponse humaine normale face au danger ou à l’impensable. Elle peut figer, ralentir, anesthésier. Elle peut empêcher de réagir immédiatement, même lorsque, plus tard, tout semble évident.
Cela ne dit rien de la valeur, de l’intelligence ou de la responsabilité des personnes concernées. Cela dit quelque chose du fonctionnement humain, tout simplement.
Chercher des coupables, pointer des comportements, se dire « moi, j’aurais fait autrement », est aussi une réaction humaine.
Souvent, ce n’est pas tant pour accuser que pour se rassurer en essayant de se convaincre que le drame aurait pu être évité si certaines règles avaient été respectées.
Ceci pour maintenir à distance une idée vertigineuse : celle que nous prenons, toutes et tous, des risques au quotidien. Parfois en conscience. Parfois sans même nous en rendre compte....
Combien de fois avons-nous pensé « ça va aller » en sachant que nous prenions un risque tout de même, aussi infime soit il ? Combien de fois avons-nous relativisé un danger, fait confiance à la chance, au contexte, à l’habitude ?
Et combien de fois cela s’est bien terminé, alors que l'issue aurait aussi pu être toute autre ?
Ce drame vient aussi nous rappeler cela : la frontière entre la vie et la mort est parfois plus fine que ce que l’on aimerait croire, nous la frôlons tous régulièrement. Et accepter cette réalité est profondément insécurisant.
Alors si, ces derniers jours, tu t’es surpris·e à juger, à ne pas comprendre, à ressentir de la colère ou de l’incompréhension, peut-être peux-tu accueillir cela avec un peu de douceur aussi.
Non pas pour justifier ou excuser quoi que ce soit, mais pour reconnaître que ton psychisme cherche avant tout à te protéger.
Et si tu es parent, proche, ami·e, et que tu vis avec des questions sans réponse, avec de la colère, de la culpabilité ou de l’injustice, alors j’aimerais te dire ceci : les réactions humaines face à un drame ne sont pas toujours rationnelles, ni parfaites. Elles sont souvent désorganisées, maladroites, insuffisantes car oui, nous sommes des humains, avec toutes la complexité qui nous caractérise.
Je crois que, collectivement, nous avons maintenant surtout besoin de remettre de la nuance, de l’humilité et de la compassion dans nos regards.
Pour celles et ceux qui ont vécu ce drame de l’intérieur. Pour celles et ceux qui le vivent de loin. Et pour nous rappeler que comprendre n’est pas accuser, et que chercher du sens n’a pas à se faire au détriment de la douceur.
Prendre soin, aujourd’hui, c’est peut-être aussi cela : résister à la tentation de simplifier l’insupportable.




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